Françoise Loranger est l'auteure d'un théâtre
fervent et revendicateur, un théâtre vivant qui s'est toujours
écarté des sentiers battus. Lucide, avide, intensément
ouverte aux courants théâtraux qui ont secoué les années
soixante et tendue par une quête intérieure de tous les instants,
son oeuvre en perpétuelle transformation pose un regard percutant
sur le Québec qui l'a vue naître et nous aide, par là,
à questionner le Québec contemporain.
Née en 1913, s'étant mise à écrire
très jeune, madame Loranger s'est adonnée dans les années
quarante à l'écriture radiophonique et a publié un
roman, Mathieu, en 1949. Vinrent ensuite l'époque des téléthéâtres,
celle des feuilletons télévisés puis, bien sûr,
celle des textes dramatiques: Une maison... un jour (1966), Encore
cinq minutes (1967), Double jeu (1969); et Médium
saignant (1970).
Souvent controversée — à cause de son ton contestataire,
à cause également des sujets, qu'elle abordait — , cette
oeuvre pionnière s'est colletée au réalisme psychologique
comme à des formes plus éclatées. Tout comme elle
avait osé aborder de front les questions de l'adultère et
de l'euthanasie dans Sous le signe du Lion (un feuilleton télévisé
écrit pendant les dernières années du duplessisme...),
Françoise Loranger s'est intéressée plus tard au théâtre
de participation, aux événements, au <<happenings>>...
Sous cette diversité de techniques, une même préoccupation,
brûlante, traverse tous ses textes, lesquels peuvent être lus
comme un immense chant à la vie. Françoise Loranger croit
par-dessus tout en l'être humain, en sa force intérieure,
et en son pouvoir d'exorciser ses peurs et de prendre en charge sa destinée
— une destinée qui est également celle de la collectivité
québécoise. À la croisée des chemins entre
Gélinas et Dubé d'un côté, Tremblay et ses successeurs
de l'autre, Françoise Loranger nous adresse à tous un <<Qui
suis-je?>> provocant. Entre chaleur, ironie et émerveillement,
sa dramaturgie tour à tour tendre et colérique, indignée
et amoureuse, en est une de l'éveil et, surtout, du présent.
[Merci à Hélène Beauchamp de nous envoyer ce texte de Diane Pavlovic, tiré du programme de la Soirée Hommage à Françoise Loranger, tenue le 3 octobre 1994 à Montréal]