Françoise Loranger 1913 - 1995


 Françoise Loranger est l'auteure d'un théâtre fervent et revendicateur, un théâtre vivant qui s'est toujours écarté des sentiers battus. Lucide, avide, intensément ouverte aux courants théâtraux qui ont secoué les années soixante et tendue par une quête intérieure de tous les instants, son oeuvre en perpétuelle transformation pose un regard percutant sur le Québec qui l'a vue naître et nous aide, par là, à questionner le Québec contemporain.
 Née en 1913, s'étant mise à écrire très jeune, madame Loranger s'est adonnée dans les années quarante à l'écriture radiophonique et a publié un roman, Mathieu, en 1949. Vinrent ensuite l'époque des téléthéâtres, celle des feuilletons télévisés puis, bien sûr, celle des textes dramatiques: Une maison... un jour (1966), Encore cinq minutes (1967), Double jeu (1969); et Médium saignant (1970).
 Souvent controversée — à cause de son ton contestataire, à cause également des sujets, qu'elle abordait — , cette oeuvre pionnière s'est colletée au réalisme psychologique comme à des formes plus éclatées. Tout comme elle avait osé aborder de front les questions de l'adultère et de l'euthanasie dans Sous le signe du Lion (un feuilleton télévisé écrit pendant les dernières années du duplessisme...), Françoise Loranger s'est intéressée plus tard au théâtre de participation, aux événements, au <<happenings>>...
 Sous cette diversité de techniques, une même préoccupation, brûlante, traverse tous ses textes, lesquels peuvent être lus comme un immense chant à la vie. Françoise Loranger croit par-dessus tout en l'être humain, en sa force intérieure, et en son pouvoir d'exorciser ses peurs et de prendre en charge sa destinée — une destinée qui est également celle de la collectivité québécoise. À la croisée des chemins entre Gélinas et Dubé d'un côté, Tremblay et ses successeurs de l'autre, Françoise Loranger nous adresse à tous un <<Qui suis-je?>> provocant.  Entre chaleur, ironie et émerveillement, sa dramaturgie tour à tour tendre et colérique, indignée et amoureuse, en est une de l'éveil et, surtout, du présent.

[Merci à Hélène Beauchamp de nous envoyer ce texte de Diane Pavlovic, tiré du programme de la Soirée Hommage à Françoise Loranger, tenue le 3 octobre 1994 à Montréal]