Dans le cadre de l'ACFAS qui s'est tenu à Ottawa du 10 au 14 mai, un Colloque organisé conjointement par Tibor Egervari et Dominique Lafon et intitulé: Modes d'approche d'un dictionnaire du théâtre québécois et/ou canadien français (?) a jeté les bases d'un projet qui s'inscrit non seulement dans le cadre du mandat de la SQET, mais aussi dans un contexte éditorial d'actualité, si l'on en juge par le nombre d'ouvrages de ce type parus récemment. En outre sa nécessité devient, au fil des années, de plus en plus sensible, étant donné le foisonnement, le rayonnement qu'a connus l'activité théâtrale au Québec comme ailleurs au Canada. Ouvrage de référence pour les nombreuses études dont elle fait l'objet, ce Dictionnaire permettrait en outre de rendre compte de l'Histoire théâtrale québécoise et/ou canadienne française qui reste encore à faire.
Les deux conférenciers invités , « spécialistes » de la référence, étaient Michel Corvin, responsable du Dictionnaire encyclopédique du théâtre qui en est à sa troisième édition et Emile Zeizig, concepteur de Mascarille, cédérom qui répertorie plus de 20 000 références à des pièces et 3400 ouvrages traitant du théâtre. Mascarillefigure désormais, depuis cet été, dans les ouvrages de référence de la BN... Outre ces deux conférenciers, divers spécialistes québécois étaient réunis pour une table ronde qui eut lieu l'après-midi: André G. Bourassa, John Hare, Gilbert David.
La journée fut extrêmement instructive et féconde. Car nous tenions, si j'ose dire, la tradition et l'avenir, le livre et l'informatique... Mais la leçon restait la même: il faut se lancer dans l'aventure en bricolant un peu, ne pas prétendre à l'exhaustivité, ni engager avec le temps une course déraisonnable. Il était particulièrement revigorant d'écouter ces deux maîtres d'oeuvres fort différentes partager un même sang froid devant le caractère un peu vertigineux d'une entreprise qui réunit 300 collaborateurs ou exige de se tenir au courant de toutes les publications pertinentes. Au delà de cette leçon de modestie active, Michel Corvin et Emile Zeizig nous permirent de jeter les bases de quelques principes méthodologiques que l'on peut résumer autour de deux axes: l'ouverture dans le choix des rubriques, l'établissement de liens entre les sujets par un jeu de renvois internes, ce que permet à l'évidence l'informatisation des données.
L'après-midi fut plus spécifiquement consacrée au projet québécois, ou canadien français. La terminologie ne fut pas l'objet d'un long débat, les intervenants s'accordant, là encore, sur la nécessité d'ouvrir le projet à toutes les manifestations francophones pertinentes du continent américain. Non seulement la dramaturgie ou la pratique théâtrale, mais aussi les rituels, les lieux de théâtre furent ainsi évoqués. Stimulante réflexion à laquelle il nous faut désormais donner forme. Un comité devrait être créé dès la rentrée pour lancer la réalisation concrète d'un projet auquel, d'ores et déjà, des éditeurs s'intéressent.