À LA RECHERCHE DE L'EXCELLENCE...

Joël Beddows, Ottawa, Ontario
Lors de mes études de deuxième cycle, j'ai assisté à une conférence prononcée par un chercheur qui se disait bohémiste.  Au début de sa présentation, il a fait l'erreur de nous annoncer qu'il ne lisait pas le tchèque; qu'il étudiait son corpus en traduction française.  Mes professeurs de l'époque, assis autour de moi, n'ont pas tardé à le ridiculiser. Plusieurs d'entres eux ont même quitté la pièce avant la fin de sa présentation, même si celle-ci s'avérait, à mon humble avis, intéressante.  Par la suite, personne n'a accusé ces mêmes professeurs de faire preuve d'impolitesse.  Ce bohémiste, de par son incapacité à lire la langue originale de son corpus, venait lui même de se discréditer à leurs yeux.  Le message pour nous, les étudiants, était clair!  La barre était haute!

Plus récemment, j'ai vu quelques-uns des examens de langue seconde donnés aux étudiants de troisième cycle d'une université ontarienne que je n'ose pas identifier.  Tenez vous bien :  les étudiants devaient traduire un extrait tiré de Sélection :  Reader's Digest vers l'anglais!  Et après, peut-on s'étonner de leur incapacité à participer à des conférences savantes menées dans des langues autres que l'anglais?!?!

Et avant hier, le coup fatal!  Deux de mes étudiants à qui j'enseigne un cours en histoire du théâtre, visiblement très intélligents et qui terminent chacun un baccalauréat en études anciennes, m'ont annoncé qu'ils étaient incapables de lire un texte, même rudimentaire, en latin.

Vive le nivellement vers le bas!  ...ce phénomène qui s'attaque de plus en plus au plurilinguisme, même dans des domaines de recherche qui, à mon humble avis, en ont fort besoin, le théâtre y compris!

Certains m'accuseront de promouvoir un standard européen!  Soit!  Je l'assume parfaitement!  La barre me semble plus haute là-bas. Il y a à peine trois ou quatre générations, un professeur canadien devait obligatoirement maîtriser, ou du moins pouvoir lire couramment, deux ou trois langues, sans oublier le latin ou le grec.

J'ai souvent fait la promotion du bilinguisme au sein de l'ARTC, mais je crois que mes motivations ont été mal comprises.  Bref, je vise l'excellence, sur le plan linguistique, comme je le fais dans d'autres domaines, et non le transfert d'une politique fédérale quelconque sur un petit organisme comme le nôtre qui a déjà du mal à exister.
 
Comprenez-moi bien :  je m'accuse ici de ne parler que deux langues!  J'accuse mon milieu qui tolère mes faibles compétences linguistiques.  J'accuse une institution universitaire qui considère mon bilinguisme exceptionnel:  quelle honte!

P.S.  Il s'agit d'une situation que j'ai l'intention de rectifier dès ma soutenance de thèse.  L'Allemagne m'attend!  J'espère bien vous voir là!

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