Stephanie Nutting
Le théâtre et sa doublure: Michel Ouellette et l
=envers du théâtre franco-ontarien

Commençons par un simple constat: la question de l=espace dans la dramaturgie franco-ontarienne a toujours fait couler beaucoup d=encre. Puisque l=espace est à la base même des questions portant sur la fondation et la délimitation d=une communauté minoritaire; il est fondamental aussi dans le développement de la notion du territoire et dans la saisie des conditions d=appartenance ou d=exclusion. Qu=il s=agisse d=un Atrou@ situé vaguement dans le nord de l=Ontario, près de Timmins, (Le Chien), ou d=une localité frontalière (Hawkesbury Blues) ou Sudbury (Nickel), ou même d=une ville au nom fictif (Lavalléville), il existe une ville type, ou plutôt une constellation de villes types qui sont semi-rurales et dystopiques, en porte-à-faux avec leur propre récit fondateur.  Hormis quelques exceptions, les communautés ancestrales sont, dans une grande mesure, interchangeables les unes aux autres dans le sens ou elles sont soumises toutes à une lente mais constante déperdition.

Que dire donc de la pièce la plus récente de Michel Ouellette, Le testament du couturier, où les personnages surgissent, sans ancrage géographique et sans passé, dans un monde futuriste qui rappelle davantage celui des handmaids d=Atwood que les celui des ouvriers et ouvrières de Dalpé ? Saluée par les critiques (Masque en 2003 pour la mise en scène de Joël Beddows, Prix Trillium en 2002 pour le texte de Ouellette), cette pièce postmoderne se déroule dans Aun monde possible, juste au-delà du temps présent@ (quatrième de couverture). Aussi, en évacuant le référent ontarien, tant au niveau de la langue qu=au niveau de l=espace, le théâtre franco-ontarien poursuit-il une trajectoire déjà préparée par d=autres dramaturges franco-ontariens de l=avant-garde. Dans cette pièce, la Banlieue remplace la ville semi-rurale, la peur de l=avenir  l=angoisse du récit fondateur et le mal, toujours invisible, fait rimer bactérie et hysterie.

Je me propose donc d=examiner à mon tour l=espace mais par le biais de la peste. Comment Ouellette  figure-t-il ce Adouble du théâtre@ qui avait tant fasciné Artaud, Boccace et Saint Augustin? Et comment Beddows, le metteur en scène du Théâtre de la Catapulte, le figure-t-il à partir du texte de Ouellette? Chose à la fois étonnante et curieuse: bon nombre des préoccupations que l=on a tendance à associer aux textes Aclassiques@ du corpus franco-ontarien reviennent modulées par ce phénomène -- les troubles de la communication, l=errance, la déperdition de la communauté, l=appartenance, l=exclusion -- mais désormais c=est tout l=Occident contemporain qui porte le mal comme une immense robe de Déjanire.